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 rfwrfwergergwe

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Swenn
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MessageSujet: rfwrfwergergwe   Sam 5 Mar - 19:54

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Swenn
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MessageSujet: Re: rfwrfwergergwe   Dim 8 Jan - 15:45

Lilith Siska Ovechkyna


Toujours nubivagante, trop sotte pour rire et trop coincée pour comprendre, perdue entre des ombres éclatantes. En regardant dans leurs yeux élyséens, pétillants et pourtant ternes de sens, elle a fini par s'apercevoir que ce monde n'était pas pour elle.

Lilith, c'est cette fille qui flâne entre les tournesols, qui valse avec les vagues, qui chante avec le vent - qui est tombée amoureuse du soleil. Les pommettes de Lilith aiment se teinter de carmin, mais elle sait bien que ce n'est qu'en apparence qu'elle est belle. Un peu trop naïve, qu'ils disent. Trop sincère et spontanée. Trop douce et discrète. Elle ne rit qu'avec les oiseaux, sa bouche n'est qu'une fleur trop belle pour faner. Si on dit d'elle qu'elle est étrange ou déplacée, elle répond, les yeux brillants, qu'il faut de tout pour faire un monde, qu'elle est malheureusement cassée et qu'elle restera comme ça toute sa vie. Elle aime les caramels, les vieux livres, le bourdonnement des abeilles et la rhapsodie de la vie.
Elle peut paraître entêtée, mais absolument pas rancunière. L'être vivant, animal ou homme, fait des erreurs - pardonner, c'est aller de l'avant, écrire une nouvelle page sans brûler la précédente. Lilith aime le murmure du pinceau sur la toile, les couleurs qui explosent dans le champs blanc, l'odeur âcre et prenante du white-spirit. Elle a des idées plein les cheveux et des lucioles dans les yeux.

Et pourtant, elle aimerait se noyer dans la gouache, Lilith. Repeindre sa vie, son corps trop gras à son goût. Elle aimerait voler pour atteindre le soleil. Elle est tombée amoureuse de cette lueur qui la provoque, éclatante, bien trop belle pour rester enracinée dans le gazon. Elle aimerait être légère. Elle aimerait être belle, aussi belle que son âme sœur. Alors elle ne mange pas. Elle s'auto-consume, et si elle peut paraître distante, parfois, c'est pour ne pas arder les corps qui s'approchent de trop près.
Sa relation avec la nourriture est saccadée. Entrecoupée. Parfois violente et parfois sereine, parfois même douce et bercée par des saveurs qu'elle ne s'efforce même plus d'imaginer. D'autres fois, il n'y a qu'un calme presque effrayant, impatient dans l'attente d'un je-ne-sais quel signe de vie. Elle la touche sans désir, la respire sans la sentir. Chaque bouchée qui frôle ses lèvres est comme une écorchure sur sa peau, un cri silencieux.

Lilith a une vision bien étrange de la vie. Elle en a vu trottiner, des faunes sur le gazon qui longe la route. Elle en a caressé, des fées qui nichaient dans les tulipes dans sa chambre - et je ne compterai pas le nombre de fois où elle a refusé de les jeter, ces tulipes fanées, en contestant qu'elles n'avaient besoin que d'un peu d'eau et de soleil. Lilith n'a pas vu de sirènes, mais elles chantent chaque nuit pour elle. Elle sent leurs cheveux sur son menton, elle en est certaine. Lilith, elle croit dur comme fer en des choses qui n'existent pas - enfin, pour les autres. Elle n'en parle pas, mais il y a cet éclat dans ces yeux qui ne laissent aucun doute sur le sujet.

Dev Nerd Girl - RPG Stuff

« elle avait des idées plein les cheveux et des lucioles dans les yeux »

Nom et Prénom : Lilith Siska Ovechkyna
Âge : vingt-deux ans.
Lieu de naissance : début du printemps 1993, Serbie, Vranje.
Groupe : Résidente permanente.
Étude ou Métier : Études en Arts Plastiques. Elle fait de petits jobs à côté de ses études pour pouvoir s'en sortir financièrement.

Pouvoir :
Silence.

Les échos humains, les rires, les pleurs, les cris et les mots qui plantent des pieux dans le cœur. Si Lilith ne peut pas les effacer, elle peut passer à côté. Lorsqu'elle utilise son pouvoir, tout s'arrête. Plus aucun bruit. Plus rien. Même le vent se tait, meurtri et contrarié. Seuls les mots de Lilith parviennent à filer entre son don, et c'est bien dans ces moments là qu'on ne voit plus qu'elle. Cela fonctionne comme un champs magnétique, un dôme qui se couche sur un kilomètre autour d'elle. Les cordes vocales des personnes se trouvant dans ce rayon se figent, et leurs voix meurent en elles avant de pouvoir se déployer au bout des lèvres.

Lilith ne sait pas qu'elle possède ce don. Pour elle, c'est quelque chose de totalement naturel. Elle en ressort souvent fatiguée et sa gorge irritée.


Volna


mésange albinos - caeruleus albino.

Volna, comme une vague qui affronte les rochers. Intrépide, audacieuse.

Une petite bête, un pétale qui a perdu ses couleurs - mais qui ne paraît pas terne pour autant. Volna est bavard, pétillant, les mots ne lui manquent jamais. Il pourrait jouer le rôle de porte-parole pour Lilith - il ne se gêne pas, en fait. Trop impatient de vivre, de battre de ses ailes. Il est ce que Lilith a toujours voulu être - une âme de l'air, vagabondant dans les nuages sans prêter attention à ce qui bourdonne en bas, un être éthéré et proche de l'astre de feu. Il est l'objectif inatteignable qu'elle cherche à frôler du bout des doigts. Volna, lui, a osé tutoyer les anges et effleurer leurs cheveux dorés.

Un peu agaçant sur les bords, pas assez délicat, il voue un amour loin d'être inavoué à la vie. Il est ce que Lilith n'a jamais pu dire, ce qu'elle ne dira jamais: "Ode à la vie, ode à la pluie, ode aux pains aux raisins et à l'amour de soi". Il lui insuffle les étincelles et les éclats dont elle a besoin, attise et fait danser sa flamme qui vacille et qui tente de s'éteindre.
Volna aime taquiner le monde. La boule de plumes est mesquine, et son rire sonne comme les sérénades de la mer aux oreilles de sa moitié. La seule personne qu'il n'aime pas taquiner, c'est elle. Leurs cœurs battent à l'unisson, chaque coup se fait sentir de l'autre côté.

Il partage les croyances de Lilith - ou du moins, c'est ce qu'il dit. Il la rassure, aussi petit qu'il puisse être. Sa force mentale, ses mots la rassurent. C'est celui qui contre-balance tout ce qui se passe dans le crâne de la fille, c'est celui qui l'équilibre - si elle n'avait été qu'une humaine, elle n'aurait pas pu entendre son cœur battre jusque maintenant. Elle se serait laissée dépérir.

Lorsque Volna ne parle pas, il chante. Et Dieu que ses poumons battent comme un cœur. Chaque tonalité, chaque note fait danser cette foi qu'ont les êtres humains ou daëmoniens en le monde. Il chante pour bercer la fille jusque dans les profondeurs des rêves, pour la confier à Morphée.





war of hearts



« Lilith. »


Elle n'était qu'un être pâle et fragile comme un chiffon froissé. Ses cheveux étaient de glace et ses joues de feu - il faut croire qu'elle était déjà née dans un paradoxe. Lorsqu'elle ouvrit les yeux, les mers se déchaînèrent pour venir s'abattre sur le rivage. Sa peau était l'écume. Ses lèvres, des cerises.
Lorsqu'elle prit son premier souffle, elle ne dit rien. Sa voix mourut dans les cieux avant même qu'elle n'entrouvre ses lèvres. Elle ne cria pas - peut être ses poumons étaient-ils déjà corrompus ? Le monde qu'elle vit la laissa de marbre.

Les particules de poussières se découpaient dans le mince filet de lumière et se couchaient sur les draps blancs comme des fleurs. Elle n'était définitivement pas née dans une tasse de thé. Était-ce la bonne planète, ou peut être s'était-elle trompée en empruntant le chemin de droite ?

Oh, les étoiles resteront muettes à ce sujet.

« Lilith. »

C'est à ses huit ans qu'elle tomba amoureuse de lui. Il n'avait ni expression, ni sentiments. Il ne parlait pas, et ça plaisait à la fille. C'était un mutisme qui lui plaisait. Elle ne pouvait pas le contempler trop longtemps; sa beauté enflammait les cieux - même les étoiles n'osaient se comparer à lui et pointer le bout de leurs nez.
Evidemment, cet amour n'était pas partagé. Lilith ne volait pas, Lilith ne pouvait pas atteindre ses cheveux de feu et ses lèvres ardentes. Alors elle restait là, sur le toit, à le rêver, lui qui embrassait ses paupières.
Le feuillage des arbres dansait au rythme du vent et les rayons de l'astre se plantaient dans l'herbe comme des lances. À l'époque, le cœur de la terre battait plus lentement, ses entrailles ne hurlaient pas encore. Elle se sentait bien, là haut, sur le toit. Elle se sentait revivre, presque trop proche des nuages.

Puis le soleil mourut.

Non, une ombre oscillait entre la fille et l'étoile.

« Lilith, je crois que c'est l'heure de manger. »

La chouette battait majestueusement des ailes, fixant de ses perles noires la fille qui affichait une mine déçue. Elle n'avait pas besoin de manger. Elle n'avait pas faim, et puis, oh, de toutes façons el-
Les plaintes de son ventre résonnèrent comme un écho entre les arbres.

« Je n'ai pas faim. »

« Tu es si maigre, Lilith. »

Elle se fraya un passage entre la toiture du deuxième étage et la lierre qui se mouvait sur le mur pour descendre. Lorsqu'elle arriva en bas, elle poussa la lourde porte dont la peinture blanche avait abdiqué depuis des années déjà. Le grincement de celle-ci dissimula les lamentables grognements de son estomac. Une délicieuse odeur de moussaka tenta de charmer ses narines; rien n'y faisait. Elle n'avait pas faim. Elle ne voulait pas avoir faim. Son astre doré l'abandonna déjà, il allait bientôt laisser sa place à sa sœur d'argent et ses poussières d'opale.

Ses parents ont toujours eu quelques sous de plus que ce qu'ils ne leur fallait. Son père, diplomate émigré de Saint-Petersburg, avait réussi à trouver une petite villa juste à côté du centre de la ville de Vranje et y était resté. Il rencontra sa femme dans la rue, piqué par son regard tombant. Il n'avait jamais cru au coup de foudre.

Et il avait raison.

Son travail devint dur, comme une étreinte qui ne voulait plus se desserrer. Au fil des années, au gré du temps, il s'éloigna de sa famille. Il en devint amer, froid et aigri. Il n'adressait plus un regard à ses proches, passait en coup de vent. Les seules fois où il parlait, c'était pour hurler, pour cracher ses poumons. Il déversa ses maux sur sa femme et sa fille des années durant. Il trouvait toujours quelque chose à Lilith - «trop grosse », « idiote », « cinglée », et même « monstre » - ce qu'il était lui-même. Son daemon, un dogue allemand un peu trop petit pour ce qu'il était, n'était que le reflet de l'homme.

C'est lorsqu'il commença à prendre de la drogue que tout s'enfonça dans des abysses trop sombres, et ce fut le début d'une chute sans fin et sans faim. C'était en 2011, après que la nouvelle se soit dispersée dans le monde; son secret finit par être révélé, et ses relations se dissoudre. Au bord du fossé, le vent le narguait, taquinant ses chevilles, caressant dangereusement sa nuque. Il ne savait pas - plus. Lilith n'avait que dix-sept ans, même si le temps semblait s'être arrêté pour elle.
Son père revenait soit saoul, soit embrumé dans les délires des substances illicites. Des cris émergeaient de la maison du matin au soir, et la fille, qui ne mangeait que peu, finit par en payer les conséquences. Ses cheveux tombèrent, ses yeux s'assombrirent et ses os finirent par vouloir transpercer sa chair. Elle ne savait plus si elle avait imaginé sa peau se soulever à chaque battement de cœur - elle ne voulait plus savoir. Une pomme par jour, pour vous rapprocher du médecin, rien que ça.





Elle l'aimait bien, Goran.
Comme un frère né dans ses rêves, un corps rassurant. Il aimait lui conter des histoires et lui offrir des caramels; et c'était la seule chose qu'elle n'avait pas peur d'avaler. Il habitait dans la maison en face, et chaque jour ils se voyaient par la fenêtre et parlaient des deux côtés de la rue. Ils riaient en osmose, même leurs couleurs étaient semblables. Il n'avait que deux mois de plus, Goran. On aurait dit qu'un ange avait posé ses deux pouces sur ses joues, tant ses fossettes se creusaient dans sa peau d'ivoire. Ses cheveux étaient comme de la poussière d'étoile, et ses yeux n'avaient rien à envier au lac des Îles Feroe. Ses pommettes étaient constellées d'éphélides. Il aimait le ciel, Goran. Il avait un télescope, chez lui; et c'était bien le seul dans tout le quartier.
Chaque mardi, avec Lilith, ils s'enfermaient dans sa chambre pour une soirée en face-à-face avec les astérismes. C'était magique. Le seul moyen de parler avec les étoiles. Il aimait les étoiles, Goran. Presque autant que Mirna - c'est comme ça qu'il l'avait appelée. Elle aimait bien mordiller ses chaussures - qui se retrouvaient toujours trouées, d'ailleurs. C'était une Zibeline, une petite bête un peu trop touffue et un peu trop mesquine.

Un mardi, Goran disparu.
Comme ça, sans laisser un mot.
Lorsque Lilith ouvrit la porte de chez lui, il n'y avait plus que quelques cartons, là, un peu trop impersonnels à son goût. Ils étaient baignés dans la lumière du crépuscule. L'odeur qui dansait dans l'air était répugnante, un mélange de regrets et de peurs. Le soleil s'était écroulé un peu trop tôt, ce jour-là, comme s'il se sentait désolé, qu'il aurait voulu le retenir mais que ses phalanges l'auraient brûlé. La fille monta les escaliers, son poing niché contre son sac à bandoulière. La porte était entrouverte. L'ombre de la fille s'étirait sur le mur. Elle détourna le regard - tout le monde sait qu'on est plus beaux dans notre ombre. Il n'y avait que le télescope, trônant au centre la chambre. Plus de posters, plus de livres. Même pas une lettre, rien.
Lilith ne posa pas plus de questions. Ce soir-là, elle jeta ses derniers caramels. Elle n'en mangera plus.
C'est lorsqu'on raconta qu'il avait brûlé les pneus de la vieillarde d'à côté en essayant de l'aider que Lilith comprit.

Il était devenu un souvenir trop flou, un rêve éclipsé.





Lilith s'assit en face de sa mère. Elle était encore belle, Cveta, bien que les rides commençaient à venir taquiner les coins de ses yeux. Elle avait accouché assez tard de la fille - elle avait déjà franchi la limite de la quarantaine lorsqu'elle donna naissance à Lilith. Son sourire était éteint, conscient de ce qui se passait mais trop faible pour dire quoi que ce soit.

Devant la fillette se tenait fièrement un morceau de moussaka fumant. Elle se sentait toute petite devant la bête. Jetant un coup d’œil à celle qui lui avait insufflé la vie, elle se mordit la lèvre. Elle attrapa son arme - sa fourchette, et entama un coin de la chose. L'effluve tenta de la séduire, de la conquérir, mais elle n'y arriva pas. Lilith déchiqueta peu à peu le morceau, et poussa chaque miette aux rebords de son assiette. Elle planta sa fourchette dans une morceau, et l'amena à sa bouche.
Elle resta en suspend, là, à brûler le bout de ses lèvres. Puis elle la remit à sa place, parmi les autres. Elle se décida à briser ce silence bien trop ... parlant.

« Et sinon, comment va ton travail ? »

Elle sourit. C'était si faux. Sa voix semblait pourtant rassurée, elle ne tremblait pas.

« J'ai quelques projets en cours, je crois que je vais devoir rendre mes planches dans quelques semaines. Et toi alors, les cours? Tu m'as dit que tu devais faire une ébauche pour le cours d'arts visuels. »

Une petite boule de poils vint caresser les pieds nus de la fille. C'était Volna, encore et toujours d'une couleur immaculée. Elle effleura la souris blanche du revers des doigts. C'était celui qui l'aidait à ne pas se consumer dans le silence, à éviter ceux qui abattent, déchirent et tuent doucement - sans rancune, évidemment. Il la rendait plus forte, d'une certaine manière. Elle n'en avait jamais parlé, en cours. De toutes façons, Volna ne s'est jamais transformé en grand animal; sauf une fois, en daim. Ce jour-là, Lilith n'alla pas à l'école.

« Oh. Mh-mh, je l'ai terminée hier. »

Et le reste de la soirée se passa dans un mutisme sourd mais saturé de sens et de paroles aveugles.
Enfin, jusqu'à cette porte qui claqua et cette odeur rebutante de bière qui vint enivrer l'air. On pouvait presque la voir, cette écœurante haleine de démon. C'était le père de Lilith, trop saoul pour marcher sans tomber mais encore assez pieux pour parler. Il tituba jusqu'au porte-manteau, y accrocha sa veste , puis leva la tête.
Un pieux dans le cœur. Une étreinte douloureuse.
Ses yeux étaient injectés de sang. Ses extrémités demeuraient rougies par tout l'alcool qu'il avait ingurgité - le vent tiède du printemps n'y était pour rien, il n'aurait pas osé roussir son nez. Il suait, chaque goutte d'eau qui tombait à terre résonnait entre les parois du cœur de la fille. Elle était restée là, assise sur les escaliers en face de la porte, les coudes qui transperçaient ses genoux, à parler avec la souris.
L'homme buta sur chaque mot qui se risqua à se suspendre au bout de sa langue. Sa respiration retentissait, lourde et irrégulière. Il chancela jusqu'à sa fille.

« E-eh, casse-toi, co-connasse. »

Lilith déglutit et se leva. Elle fit un pas en arrière - puis un autre, et enfin elle couru dans sa chambre.

Elle n'avait pas changé. Le même papier peint, les mêmes craquelures. Les mêmes bouquins qu'elle avait laissé sommeiller là, les mêmes autocollants qui refusaient de se décoller. Les mêmes tulipes qui veillaient sur la pièce - pouvons-nous toujours les appeler "tulipes", lorsqu'elles sont brunies et qu'elles ont vêtu un voile de poussière? Ils n'ont besoin que d'un peu d'eau.
La même âme qui hantait ces murs fleuris, la même enfant qu'autrefois. Le même poids qu'à ses dix ans, même si elle en avait déjà dix-neuf. On était en 2012, c'était si dur à croire. Elle était adulte, maintenant, elle était libre de partir. De laisser sa mère, son refuge sur le toit, les arbres qui dansaient pour elle, et surtout, le soleil rosé de Vranje. Ce soleil qui a fait chavirer les émois de son être tout entier. Pas Cveta, non, pas elle. Elle ne pouvait pas la laisser ici - et puis son père, aussi. Après tout, il y avait un peu de lui en elle. Il n'a pas toujours été comme ça. Il était différent, avant. Lilith, pars. Ta mère veut que tu le fasses, ça la rendra bien plus heureuse que si tu t'enracinais dans ce plancher poussiéreux jusqu'à ton dernier battement d'aile.
Mais c'était difficile, d'abattre ses racines.


Tout à coup, quelque chose fit trembler les murs de la maison. Un, deux, trois. Lilith tourna la clé de sa chambre - trois fois, par précaution. Elle dévala les escaliers, tout était flou. Elle s'agrippa à la rampe. Les deux silhouettes qui se dessinaient devant elle se devaient d'être rassurantes, familières, mais il n'en était rien. Son père se tenait à un mètre de sa conjointe, le poing enfoncé dans le mur d'à côté. Des craquelures lézardaient vers les cieux. C'était effrayant, repoussant. Cveta tremblait, ses yeux vacillaient entre l'amour et la haine.

« De toutes faç-çons, tu s-sais pas.. »

Lilith fit un pas en avant.

« ..T-tu sais pas. Sale p-pute, t'as jam-mais rien été p-pour moi de t-toutes façon-n. »

Un autre.

« ..putain. PUT- »

Elle se mordit la lèvre inférieure.

« Cassez-vous TOUS. T-TOUS, PART-TEZ. »

C'était ce qu'elle allait faire.

« Si tu savais le-le nombre de fois où j-j'ai couché av-vec des putes comme t-toi. »

« ALLEZ CR-REVER TOUTES LES D-DEUX, je veux pl-plus vous voir! »

« Ni-Ni même ma sale pu-ute de fille. »

Un grand bourdonnement.

Un écho silencieux.

Le temps ne se figea pas.

La nuit ne parlait plus, le robinet mal fermé était devenu taciturne. Il n'y avait que l'écho d'un cœur qui battait trop vite et les inspirations de la fille.
L'homme demeurait muet. Seul, saoul, piteux et muet. Lilith planta ses yeux dans ceux de son père comme un glaive dans le dos. Un éclat traversa ses iris, quelque chose frôlant le regret et l'amertume. Elle ne s'approcha pas de lui, l'étonnement avait raidi l'homme. Elle ouvrit la bouche, et serra les dents.

« Je ne suis pas ta fille. »

Rien de plus. Ses cils papillotaient, ses lèvres frémissaient. Elle s'approcha d'un pas, assez pour voir son propre père écarquiller les yeux et vomir tous ses tourments, juste avant de choir dans son désespoir.
Elles appelèrent les pompiers, qui vinrent récupérer l'homme. Il n'était pas mort, juste noyé dans ses erreurs. Les alarmes hurlaient dans la rue jusqu'au petit matin. Tous les voisins s'étaient rassemblés devant la maison des Ovechkyn, les cernes grosses comme des demi-lunes noires, luttant contre la curiosité.
Lilith, ce soir-là, se coucha dans son lit les yeux fermés - la porte du sommeil était restée scellée. Elle ferma les paupières et inspira. Lorsqu'elle relâcha son souffle, ce fut un battement d'aile qui souleva une de ses mèches de cheveux. Elle n'ouvrit pas les yeux mais laissa le chant d'un oiseau, là, tout près, rythmer ses poumons. Les couleurs de la nuit ondoyaient, s'enlaçaient, pour enfin venir se nicher sous la fenêtre.

Le lendemain, des papiers furent mis en oeuvre pour empêcher l'homme de se rapprocher de sa famille. Une étrange déception s'installa dans les murs de béton de la maison. L'air n'y était plus aussi lourd, on pouvait y respirer sans se laisser enchaîner par l'empyreume émanant des mélanges douteux d'alcools. Mais il y avait aussi une sorte de vide, un deuil, qui y régnait. Les deux femmes n'en reparlèrent plus et reprirent leur vie plus ou moins normale. Volna, lui, s'était niché sous les plumes lunaires d'un petit oiseau. Une mésange qui avait perdu ses couleurs. Il ne changea plus jamais d'apparence - il fallait croire que ce petit cœur qui battait rapidement dans sa poitrine s'était amouraché de son âme.

Tout se passa très vite.

Lilith avait pris la décision de partir. Sa mère lui parla d'un endroit où elle pourrait retrouver des gens comme elle, qu'elle y encrerait un nouveau chapitre de sa vie. Le tante de Lilith habitait à deux villages de cet endroit. Il y a un an, le nom "daemonien" fut prononcé pour la première fois aux informations. Entre les présentateurs TV qui vomissaient leurs idioties, il y avait ça - il y avait ce mot, cette preuve que la normalité était relative. La preuve que ni Lilith, ni son père n'étaient des monstres. Personne n'avait, jusque là, découvert le sang de chimère de la fille. Même elle ne pouvait pas en croire ses oreilles, le bruissement désagréable de la télévision ne parvenait pas à l'arracher de l'irréel. Elle, non-humaine ?

Tout se passa vraiment trop vite.

Elle n'eut même pas le temps d'y réfléchir, qu'elle se retrouva dans cet avion, à contempler la mer par le hublot. Les vagues se balançaient dans leur robe aux couleurs du crépuscule et, par le plus grand des hasards, le soleil était resté accroché à ses talons. Oh, cet astre-là lui convenait tout autant. Il ne rougissait plus autant qu'en Serbie, mais il demeurait tout aussi majestueux et flamboyant. Ici, la mer n'avait pas peur de l'imiter. Lilith frôla du bout des doigts la vitre.

« Merkeley, je suis à toi. »






Et les quelques jours passèrent, fredonnant des mélodies nouvelles, en anglais - et non plus en serbe. L'intégration ne fut pas facile, mise à part la langue qu'elle maîtrisait plus que bien. Une nouvelle culture, de nouveaux horizons, un vent qui lui chante des senteurs qu'elle trouve étrangères encore jusqu'à aujourd'hui. Les regards qu'on lui adressait étaient différents, comme si tout le monde savait ce qu'elle était.

L'année fila aussi vite que la décadence des flocons. La neige, ici, était plus blanche. Plus mordante.
Lilith avait levé les armes; des pinceaux, en fait. La peinture était son sang. Lorsqu'elle trouva un stage, ce fut non pas de la joie mais bien de la fierté qu'elle ressentit; c'était si inhabituel. La Serbie ne lui aurait jamais pris les mains ainsi. Si les vitres du local où elle passait ses quelques mois de stage étaient bien trop grandes et modernes, elle ne s'y sentait pas moins bien que chez elle. C'était neuf, un peu trop d'ailleurs. Tout lui semblait faux, même le sourire de son employeur, mais elle se contentait de le lui rendre. L'infernal sablier s'écoulait.

C'est lorsqu'on lui demanda sa carte d'identité qu'elle sentit que quelque chose avait changé. Malgré le conducteur qui ne semblait pas très net, Lilith ne pu s'empêcher de se laisser envahir par cette anxiété qu'elle ne connaissait que trop bien. On fermait les grilles de sa cage dorée ? Une raison de plus pour ne pas se sentir chez soi. Elle était un animal dans un zoo. Une bête de foire. Elle s'était laissée prendre au piège.
Elle prit peur, et à la fin de son stage, ses lèvres se retrouvèrent rougies par le sang, fendues, mordues par une amertume qui n'avait rien à voir avec l'haleine polaire du vent.
Et ça ne se voyait qu'un peu trop bien, sur ce cliché que réussit à prendre un pénible paparazzi qui traînait par là.

Et un malaise qui s'installe dans son foie, la peur du rejet, la peur qu'elle ne fasse peur.

Lilith trouva un petit job à mi-temps dans un café de la ville damnée. Elle se réveillait et se couchait dans l'odeur amère mais rassurante du café torréfié, contente d'avoir un semblant de stabilité dans ce monde en constante évolution. Elle se sentait prise au piège derrière les vitres du café, comme un animal dans le creux des mains, impuissant. Elle y rencontra des habitués, des personnalités plus qu'originales, et put y faire évoluer ses contacts sociaux. Elle se sentait enfin peu à peu revivre, non plus comme un monstre mais comme un être vivant.

Enfin, jusqu'à ce que certains des habitués du café ne viennent plus. Ils disparurent sans un mot, du jour au lendemain. Certains semblaient nerveux, remuaient machinalement cette cuillère dans leur latte en grinçant des dents. C'est lorsque Lilith apprit que ceux qui s'étaient opposés au recensement - ce qui n'avait pas été le cas de Lilith, qui n'avait rien à perdre en y encrant sa signature. Entre ses autres questionnements, son passé qui la hantait ou son passé qui avait creusé un fossé dans son cœur, elle n'avait pas réfléchi et avait préféré, comme à son habitude, se faire discrète et rester passive.

Les nouvelles avaient fusées et fusaient encore; l'horreur du bal d'Halloween - qui l'a épargnée alors qu'elle fut partie pour une exposition dans le New Jersey -, l'affaire de l'orphelinat... et ce n'était pas encore fini. Son havre de paix, cette sérénité qui s'était installée en Lilith n'étaient qu'illusions. Elle se remettait en question; et si, et si... Des monstres ? Non Lilith, des êtres différents.
Le Conseil fit parler de lui, et la serbe ne s'en mêla pas. Elle passait ses soirées à peindre, avec en musique de fond la voix de cette présentatrice trop blonde et toujours habillée dans des robes trop serrées. Celle dont la voix n'osait pas vaciller, même en transmettant les pires horreurs.

Peu à peu, le nouveau gouvernement repeignit la ville de Merkeley en une teinte qui semblait à première vue rassurante. Lilith eut de plus en plus de papiers à signer, ce qu'elle fit sans broncher.

C'est sous ce nouveau soleil qu'elle vit, à présent.
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